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The Balzac Review / Revue Balzac, no 11 (2028) : « Dénouements / Endings »

Appel à contribution pour le no 11 (2028) de The Balzac Review / Revue Balzac, qui porte le titre de « Dénouements / Endings », sous la direction de Jérémie Alliet et Andrea Del Lungo.

Envoi des propositions avant le 31 octobre 2026.

Appel à contributions

« C’est la fin de l’homme ! » s’exclament Schmucke et Pons qui dissertent du mariage, en bons célibataires (VII, 548) ; et le calembour rappelle que finir, c’est aussi mourir. Dès lors, rien d’étonnant à ce que Balzac ait toujours porté vis-à-vis de la fin d’un roman un regard méfiant : bâclées, énigmatiques, ironiques, les fins balzaciennes, qui n’ont pas jusqu’à aujourd’hui donné d’analyses étendues, restent un objet étrange et polymorphe, qui d’un côté marque l’accomplissement d’une Comédie humaine changeante ; mais de l’autre, consacre la suspension du sens, l’impossible établissement de la morale, la fuite dans l’insignifiance ou le silence.

Objet narratologique complexe, la fin d’une œuvre littéraire s’expose d’abord à une difficulté terminologique, au fil des approches et des écoles : dénouement, achèvement, conclusion, terme, issue, clausule, clôture, épilogue, excipit, explicit, frontière… la richesse désignative montre que le phénomène, indéniable (une œuvre littéraire se finit toujours, d’une manière ou d’une autre, même s’il peut être « interdit à l’auteur de conclure » selon la formule de Flaubert), recoupe une intuition de chaque lecteur que, vers la fin du livre, quelque chose se produit. Pour autant, la difficulté de désigner la fin se retrouve dans la complexité des critères démarcatifs (Larroux, 1994), qui, comme ceux de l’incipit, engagent à la fois la narratologie, l’histoire des pratiques et des genres littéraires, et les théories de la réception. Marqué par un terminus ad quem (les derniers mots sur la page, quand ceux-ci sont choisis par l’auteur), le dénouement d’une œuvre interroge sur le terminus a quo, et sur le moment où l’on « entre dans le dénouement ». Il pose aussi la question de la téléologie du romanesque, puisque si la fin demeure une étape inévitable de la progression narrative, elle n’en est pas toujours le couronnement : autant de fins décevantes, en queue de poisson, en énigme, en prophétie, en exclamations des personnages, qui laissent le lecteur sur sa fin.

La spécificité balzacienne de la poétique de la fin est indéniable : œuvre-monde inachevée, La Comédie humaine s’appréhende comme un texte à fins multiples, où l’interruption brutale de la publication (Les Petits Bourgeois) s’oppose aux fins réécrites au cours de leur histoire éditoriale (Le Colonel Chabert) ; où les remarques amères du narrateur (Pierrette) s’opposent à la désinvolture grinçante du « copiste » (Le Cousin Pons) ; où la pensivité que repère Barthes dans Sarrasine fait écho aux calembours de Léon de Lora à la fin de La Rabouilleuse. Si l’objectif du personnage dans le roman n’apparaît pas toujours dans le dénouement, c’est que Balzac aime à opposer « fin contre fin », mélangeant les temporalités du récit et de la fiction, les voix du narrateur et du personnage pour rebattre les significations et les « cartes du lecteur ».

La réaction de ce lecteur n’est qu’imparfaitement paramétrée par l’écriture à un narrataire, et le dénouement, qui doit apporter « euphorie conclusive » (Baroni) ou sentiment de soulagement et de plaisir (Parmentier), ne remplit pas toujours ces fonctions thymiques. Bien au contraire, évacuant parfois la moralité et le sens d’une justice poétique (poetic justice), le dénouement peut parfois montrer que les méchants s’en tirent toujours, alors que les victimes subissent tous les outrages. À travers les fins, c’est une histoire de la poétique du roman balzacien entière qui semble s’écrire : la fin de l’étude de mœurs (type Eugénie Grandet), du roman fantastique à la courbe serpentine (type La Peau de chagrin), du roman-feuilleton (type La Cousine Bette), témoigne de l’évolution d’une pratique narrative qui consacre la signature de l’écrivain, mais en montre aussi les changements et les caprices. La fin du roman est l’instant où la vérité se donne et se dérobe ; mais La Comédie humaine, qui possède de nombreux sens de lecture qui reparamètrent les fins, n’est pas la Bible ; et si « Dieu fait les dénouements », Balzac semble esquiver la question sous les mots de Dinah de La Baudraye : « je ne crois pas aux dénouements […]. Il faut en faire quelques-uns de beaux pour montrer que l’art est aussi fort que le hasard ; mais, mon cher, on ne relit une œuvre que pour ses détails. » (Un prince de la bohême, VII, 838)

Pistes de réflexion

Dénouement de La Comédie humaine

1) Dénouement et démarcation : quelle est l’échelle à laquelle on place le dénouement au sein d’une œuvre à tiroirs : dénouement d’un récit, dénouement d’un ensemble de récits (scènes), dénouement d’un ensemble d’ensembles de récits (études), dénouement de l’œuvre entière ?

2) Dénouement et chronologie interne : le dénouement est-il forcément la fin d’une œuvre ? L’épilogue, par exemple, poursuit la narration alors que l’intrigue elle-même est arrivée à son terme. Est-ce que le dénouement des Scènes de la vie de province est Illusions perdues ? Est-ce que le dénouement de toute La Comédie humaine sont les Études analytiques (Diaz) ? Peut-on imaginer que des œuvres achevées ne soient pas dénouées (une forme de renouement ?)

Dénouement et poétique du roman

3) Dénouement et tension narrative (Baroni) : est-ce que les romans sont écrits en vue de leur dénouement ou est-ce que Balzac ne sait pas comment se finit une œuvre quand il la commence ? Quels sont les indices narratifs qui guident la lecture vers le dénouement ? Est-ce que le dénouement dénoue quelque chose ou est-ce que le roman reste tendu, flottant, « pensif » (Barthes) ou ne donne pas toutes les solutions de ce qu’il prétend ?

4) Dénouement et fiction : est-ce que le dénouement replace le fil de la fiction dans la réalité prétendue de la narration par « convergence narrative » (Alliet) ? Est-ce qu’il contribue à un effet « métaleptique » en nous faisant croire que les personnages de la fiction appartiennent à notre monde ? Ou est-ce qu’il conserve le sens de l’histoire, la séparation narrative entre la fiction et le réel ?

5) Dénouement et composition romanesque : peut-on mettre en perspective le début et la fin (Del Lungo) ? Peut-on dire de la fin d’un chapitre qu’il est le dénouement du chapitre ? de la fin d’un feuilleton ? Comment et où couper, trouver le dénouement ? Voir les propositions de Larroux, 2022.

Dénouement et interprétation du roman

6) Dénouement, fin, finitude, finition (Hamon) : le roman prend-il son sens (herméneutique, esthétique) au dénouement ? reçoit-il de la part de l’auteur un geste d’autorité auctoriale (une sorte de signature ; Couleau), de délégation auctoriale (un personnage donne le dernier mot ; Léonard) ou de dénégation auctoriale (excentrique ou ironique ; Déruelle) ? le dénouement se dénude-t-il ? est-il un lieu hautement métalittéraire, comme celui d’Un prince de la bohême ?

7) Dénouement et inscription du lecteur : le dénouement remplit-il un pacte de lecture ? satisfait-il une poétique de l’énigme (Massol) qu’il éclaircit ou interroge-t-il la faculté à abandonner la recherche du vrai, pour des raisons de confort bourgeois (Un début dans la vie) ou de sagesse aporétique (Les Secrets de la princesse de Cadignan : « Est-ce un dénouement ? Oui, pour les gens d’esprit ; non pour ceux qui veulent tout savoir », VI, 1005) ?

8) Topoï et mot de la fin : comment analyser la pratique stylistique de la phrase de conclusion ? les thèmes prototypiques du dénouement romanesque (le mariage ou l’enterrement ; voir Bui) se retrouvent-ils toujours ? sont-ils parodiés ?

Le dénouement en diachronie

9) Dénouement et publications successives : comment analyser le geste génétique de la réécriture du dénouement ? Peut-on donner du sens à la pratique du dénouement balzacien lorsqu’il est modifié (stratégies publicitaires dans le dénouement d’Illusions perdues ; réaménagements des parties de l’œuvre dans Béatrix ; ironisation du Père Goriot) ?

10) Dénouement et histoire littéraire : les pratiques des grands auteurs d’œuvres d’ampleur mais inachevées sont-elles des modèles pour Balzac (Marivaux ; Stendhal) ? le roman-feuilleton encourage-t-il un retardement presque infini du dénouement (Baroni) ? les rivalités avec Eugène Sue ou Dumas ont-elles une influence sur la pratique du dénouement balzacien depuis les « études de mœurs » aux grands feuilletons des années 1840 ?

Contacts

Jérémie Alliet, jeremie.alliet@ens-lyon.fr
Andrea Del Lungo (Sorbonne Université), adellungo@free.fr
Revue : thebalzacreview@gmail.com

The Balzac Review / Revue Balzac, Classiques Garnier


OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Julien Schuh (12 septembre 2026). The Balzac Review / Revue Balzac, no 11 (2028) : « Dénouements / Endings ». Société des études romantiques et dix-neuviémistes. Consulté le 14 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16rlh


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